Drogués par la désinformation atlantiste, la redoutable campagne d’intox sur la Libye nous a transmués en vrais délirants. Elle agit sur certaines personnes comme une substance hallucinogène induisant plus que de simples frimes d’une prise de pouvoir par les armes au Tchad, à partir du nord. Ça prend une cure de désintoxication complète pour retrouver la lucidité, et réaliser que l’agression de l’OTAN contre la Libye n’est pas porteuse d’utiles changements pour l’Afrique. Les Occidentaux veulent la Libye. Ils ont maintenant leur Libye. Pour l’Afrique, la vie continue, les dégâts aussi.
Après Kadhafi, à qui le tour?
Une Libye « somalisée » ou « irakianisée » est une source d’instabilités qui ne rassure personne. Pour notre pays, c’est sur le trait de l’instabilité que les adeptes de l’« affairisme à mains armées » misent pour revenir aux affaires.
Une petite parenthèse. Quand nous évoquons le phénomène de l’« affairisme à mains armées » au Tchad, nous faisons allusion aux lucratives combines, à mains armées, d’une nébuleuse d’ex-collaborateurs du chef de l’État. Ils étaient hier au Soudan quand il y avait instabilité au Darfour. Ils sont aujourd’hui en Libye, attirés par l’instabilité. Car, ils n’y étaient pas quand la Libye était stable.
Bien que l’après-Kadhafi porte un certain potentiel de déstabilisation des pays voisins de la Libye, ce ne sera pas l’élément déterminant pour une fin de règne au Tchad, ni pour un changement souhaitable ou souhaité par les Tchadiens. Le Changement attendu au Tchad ne peut pas venir par la porte de Libye, à dos des bandes armées tribales. Expliquons-nous.
Premièrement : de la Libye post-Kadhafi, on peut exporter l’Instabilité, mais pas un Changement utile. L’explication est simple : changer ne signifie pas régresser. La Libye a échangé son indépendance contre la tête et le pouvoir de Kadhafi, redevenant un pays ordinaire comme les autres d’Afrique. C'est-à-dire endetté, officiellement indépendant mais dans les faits dépendant, privatisé, mis au pas. La Libye régresse. Par conséquent, rien de progressiste ne peut venir, pour le moment, de ce pays. Les Tchadiens ne peuvent se permettre d’adopter une révolution à la Libyenne.
De plus, dites-vous, même la Libye stable et souveraine de Kadhafi à mordu le sol face aux Tchadiens. Ce n’est pas cette nouvelle Libye déstabilisée et aliénée qui traumatisera, outre mesure, les Tchadiens. Les Tchadiens s’opposeront à qui que ce soit qui tentera d’exporter l’instabilité chez eux pour relancer des guerres inutiles.
Deuxièmement : les Libyens, déstabilisés par une guerre portée chez eux par des étrangers, n’auront pas, avant plusieurs années, les moyens pour soutenir et engraisser des gangs de mercenaires contre les pays voisins ayant supporté Kadhafi. Ne vous méprenez pas. L’après-Kadhafi va coûter excessivement cher aux Libyens.
Ils auront à payer les factures de toutes les bombes tombées sur leurs têtes, celles de toutes les balles qui les ont fauchées ou manquées. Ce n’est pas avec l’argent des contribuables occidentaux que les Libyens vont se payer la tête de Mouammar Kadhafi. De leurs poches, les Libyens payeront toutes les factures, en plus de payer les intérêts [aux taux excessifs] sur les dépenses et des frais pour services rendus. Vous n’avez pas idées du prix de la démocratie quand elle est exportée sur les canons des chars de l'occident. Je vous dis un seul mot : Irak. Souvenez-vous.
Aussi, les Libyens devront payer pour la reconstruction de leurs infrastructures majoritairement détruites. Jusque-là, nous ne citons même pas les pro-Kadhafi qui pourraient continuer à déstabiliser la Libye, avec leurs énormes moyens financiers et militaires, même après la chute de Tripoli, après la chute du Guide Libyen et sa mort éventuelle.
Kadhafi n’est pas le Mouammar et ses fils sur lesquels les presses occidentales concentrent leur lynchage médiatique. Kadhafi, c’est toute une tribu puissante et incontournable en Libye, les Guedafis, qui s’est habilement dissimulée en un homme théâtral : Mouammar Kadhafi le Guide.
Les Guedafis, c’est l’équivalent du Baas en Irak où les Américains sont obligés de revenir composer avec eux, en échange d’une relative accalmie. Même si Baas est un parti, l’équivalence est là. Ensuite, que dire du risque de simplement plonger dans l’abime d’une « irakisation » ou « somalisation » de la Libye?
Ne vous énervez pas. C’est le défi intérieur qui établira les priorités de la nouvelle administration Libyenne et non le goût de vengeance ou d’un règlement de compte avec des voisins. L’administration post-Kadhafi aura de grands défis intérieurs à relever, avec des moyens qu’il faille gérer judicieusement. Que ceux qui comptent sur des Libyens, pour renverser les acquis démocratiques au Tchad et prendre le pouvoir par la force des armes, cessent de rêver. Ils peuvent certainement harceler ou nuire, comme dans le passé, mais ils ne feront pas mieux que leurs aventures passées. Alors, ne perdons notre temps dans des hostilités tribales sans lendemain.
Troisièmement : ceux qui ont porté la guerre en Libye, sur la base d’analyses erronées, auront besoin de la collaboration des pays voisins, ou de leur neutralité, pour faciliter la stabilisation du pays. C’est le réalisme des affaires de l’après-guerre qui en impose. Le Tchad étant un pays voisin, les autorités Tchadiennes auront une carte à jouer, si petite soit-elle.
De plus, les futurs agresseurs du Soudan, aussi visé par le remodelage du Monde Arabe, auront minimalement besoin de la neutralité du Tchad, s’ils veulent éviter une guerre longue et couteuse à la Libyenne, qu’El Béchir prépare déjà très minutieusement. Si ce n’est la neutralité, c’est même de la collaboration active du Tchad qu’il faille envisager. C'est composer avec le Tchad, soit malheureusement faire avec Deby puisqu'il est le chef de l'État. La position stratégique de notre pays s'apréciera de concert avec Idriss Deby Itno qui n’hésitera à mettre en balance les exigences de sécurité intérieure. Rassurez-vous, ce n’est pas la précipitation et l’excitation de quelques réactionnaires qui détermineront de l’issue des actuels enjeux politiques que mêmes les initiateurs ne maitrisent pas. Calmos!
Quatrièmement : les Tchadiens eux-mêmes n’acceptent plus les éternels recommencements, surtout avec les mêmes noms et mêmes visages. Ils se disent que tant qu’à recommencer à zéro pour revenir au point présent, autant continuer avec le système actuel. Malheureusement !! Rien que pour cela, les Tchadiens appuieront Idriss Deby Itno contre les rebelles qui oscillent entre Ndjamena et les grottes du Nord, au gré des montants d’argent des contribuables qu’ils reçoivent indignement.
Où sont passés certains rebelles qui ont rallié récemment et qui ont perçu plusieurs centaines de millions de francs CFA? Encore en rébellion n’est-ce pas ? Une relance des hostilités dans le nord du Tchad, appuyée par la nouvelle administration Libyenne, n’apportera pas un Changement utile aux Tchadiens, lesquels s’y opposeront en rang serré.
Pour finir, retenons qu’il ya de ces victoires dont le bilan calamiteux rend pires des échecs. Comme en Irak où nous savons aujourd’hui qu’en 3 ans, la guerre portée par les Américains a tué 3 fois plus d’Irakiens que Saddam Hussein en 24 ans. C’est le genre de chaos qui guette la Libye post-Kadhafi. Les défis intérieurs de ce pays seront tels que la nouvelle administration ne peut se permettre de rompre avec les voisins.
Même si les rebelles du CNT sont davantage rancuniers que raisonnables, ils devront attendre plusieurs années, avant de pouvoir se venger. Car, les défis intérieurs pourraient les anéantir avant même qu’ils ne portent leur premier coup de vengeance contre un pays voisin. Les rebelles Libyens pourraient quand même choisir de régler les comptes tout de suite. Mais, s’ils vont dans cette voie, ils paieront cher ce choix d’aveugles.
Alors, que les Tchadiens qui s’imaginent que l’instabilité en Libye se matérialisera, au Tchad, par un renversement des institutions fragiles se calment. Pour tout de suite, il ya rien que nous ne connaissons pas ou qui soit totalement imprévisible. Au pire, ce seront les harcèlements des groupes armés qui reprendront. Avec comme conséquences les achats des armements plutôt que les investissements dans le social ou le rural. Ce n’est rien d’utile!
Kadhafi a tout perdu. Deby a perdu le pari. Deux choses différentes à ne pas confondre. Il n’est lui-même pas perdu. Après Kadhafi, ce ne sera pas Idriss Deby Itno. Pas encore. Pas à court terme.
Joe Al Kongarena, librafrique.com
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On ne pourra pas discuter si la nuance n'est pas claire. On nous a berné et à la fin chacun trouve son compte avec le départ de Kadhafi mais ce n'est pas une raison pour continuer a insinué naïvement qu'il s'agit d'une révolution identique partout.
L'histoire tunisienne ou Égyptienne pas la même que celle de la Libye quand même l'incidence est identique. C'est à dire la chute du dictateur local. Prudence et clairvoyance.